menu x
cuir de poisson

Nouvelles alternatives : le cuir écologique et ses ramifications

Là où le travail originel du cuir valorise les peaux de grands mammifères terrestres comme les bovins, les ovins ou les porcins, le travail du cuir dit écologique cherche à limiter l’impact de la tannerie et de la mégisserie sur l’environnement en traitant des matières végétales ou issues du monde marin.

Ainsi, il s’agit de proposer une matière moins gourmande en eau et en actifs polluants, notamment pour les cours d’eau et les océans. Par conséquent, la fabrication du cuir écologique ne nécessite pas l’utilisation de produits chimiques.

Comment le cuir est-il fabriqué ?

Tout d’abord, comment travaille t-on les peaux en tannerie ou en mégisserie ?

Les tanneurs achètent les peaux brutes par lot et au poids, ils les choisissent en fonction de l’usage et des clients qu’ils ont. Chaque tanneur a ses spécificités.

Plusieurs étapes sont essentielles à la fabrication du cuir :

  1. Le travail de rivière : A ce moment, les peaux sont alors dénuées de poils, de tissus sous-cutanés et de résidus. Cette étape n’existe pas chez tous les tanneurs. Elles subissent ensuite le procédé du tannage.
  2. Le tannage: L’objectif est de rendre la peau imputrescible, résistante et conservable.
  3. Le corroyage: est l’étape d’attribution de propriétés structurelles nécessaires pour faciliter la confection (souplesse, épaisseur, couleur, densités de fibre et autres) à l’issu de cette phase on arrive à un produit semi fini.
  4. Les finitions : dernière étape avant la commercialisation, où l’on parfait l’aspect esthétique de la surface. C’est également à cette étape que l’on colore le cuir. C’est la deuxième étape la plus polluante avec le tannage. Ce sont généralement des pigments chimiques qui sont utilisées.

Le tannage au chrome représente un danger notable pour notre santé mais demeure privilégié par rapport aux tanins végétaux, du fait de sa rapidité à traiter les peaux et de sa résistance.

Il faut 24h au chrome III (un type non nocif de chrome) pour rendre le cuir imputrescible. Ce dernier devient alors résistant à l’eau et à la chaleur. Là ou le chrome III ne représente pas de danger, son homologue, le chrome IV, s’avère fortement allergisant et toxique car riche en sels d’aluminium.

En quoi consiste la fabrication du cuir écologique ?

Le cuir écologique (ou cuir à tannage végétal) suit  le même procédé que le cuir classique, à quelques différences près. Là où le cuir tel que nous le connaissons subit de nombreux traitements chimiques, le cuir écologique n’est pas exposé au chrome mais subit un tannage végétal à base d’écorces de mimosa et autres plantes végétales.

Toutefois plus de temps est nécessaire pour tanner les peaux à partir de matières issues d’écorces, de feuilles, de pépins, de racines ou même de la sève des arbres.

En fonction du résultat escompté, on privilégie certaines espèces d’arbres.

Après le tannage végétal – sans danger pour la santé du fabricant, de l’utilisateur ou de l’environnement – le cuir s’avère :

  • Plus raide, plus ferme et plus solide qu’une peau traitée au chrome.
  • Naturellement coloré, présentant des teintes plus nuancées que les cuirs classiques et également plus difficile à colorer par la suite.
  • Plus résistant face au temps et présentant des signes d’usure esthétiques.

Si le tannage chimique est encore très répandu, les fabricants tendent à se tourner vers le cuir écologique et son tannage végétal pour une éthique plus éco-responsable.

Le cuir éco-responsable et ses alternatives

Le mot « cuir » est un terme contrôlé et déposé par la DGSE. Il désigne une matière animale.  Il est donc incorrect de dire « cuir d’ananas ». La matière créée à partir de l’ananas est faite de fibre végétale, au même titre que la fibre utilisée dans la fabrication de la viscose.

Il convient de distinguer les termes relatifs au cuir eco-conçu et responsable :

  • Le cuir dit végétal, est une erreur d’usage, il s’agit d’un cuir à tannage végétal. Il désigne le traitement de peaux d’animaux  grâce à un procédé de tannage végétal.
  • L’éco-cuir, lui, correspond à la valorisation de fibres végétales naturelles comme le lin, le coton, ou le soja.
  • Le cuir “vegan” est également une erreur d’usage, il s’agit d’alternative au cuir, qui consiste en le travail de la peau d’ananas, d’eucalyptus, d’hévéa ou encore de champignon. Dans l’industrie du luxe, c’est Stella McCartney qui mène la danse avec des collections sans matière animale aucune.

Le but est, dans tous les cas, de proposer une matière  moins polluante.

FéoniLab propose, pour sa part, d’allier le cuir traditionnel aux alternatives,  à travers un projet unique mettant en valeur les coproduits de la mer : SeeSea.

Cette initiative rassemble plusieurs acteurs animés par la volonté de présenter un produit innovant et éco-conçu :

  • Fils&Fab : une start-up bretonne spécialisée dans la valorisation de matières recyclées issues de la mer, transforme les filets de pêche en matière réutilisable dans la décoration.
  • Cuirmarin : un tanneur lyonnais se consacrant au tannage végétal et à la coloration naturelle de peaux de poissons. La force de ce partenaire est d’avoir mis au point des pigments naturels respectueux de l’environnement tout en garantissant des finitions uniques.
  • Kyoko Création : une brodeuse Artisan d’art qui exprime sa sensibilité à travers son interprétation subtile des fonds marins.

Le projet SeeSea présente ainsi deux modèles de sac seau (un grand et un petit) éco-conçus à partir de ces matières hybrides.

Ces dernières croisent cuir de saumon (à partir de peaux récupérées de l’industrie alimentaire) et matières techniques telles que les filets de pêche.

En résultent ces pièces uniques entièrement artisanales, délicates, inspirées par le monde marin et ses trésors, et surtout, preuves qu’une mode plus éthique et plus consciente est possible.